Petites annonces : déjouer les arnaques quand on vend ou qu'on achète

Faux acheteur et son lien de paiement, faux livreur, faux vendeur : les arnaques aux petites annonces et les bons réflexes pour vendre et acheter sereinement.

Dans une rue résidentielle, un jeune homme remet un vélo d'occasion à un acheteur qui vérifie les freins.
Dans une rue résidentielle, un jeune homme remet un vélo d'occasion à un acheteur qui vérifie les freins. Image d'illustration.

Revendre la poussette devenue inutile, dénicher un vélo d'occasion ou un canapé à petit prix : les petites annonces entre particuliers font partie du quotidien de nombreux Belges. Les escrocs s'y sont installés, eux aussi. Voici leurs scénarios favoris, côté vendeur comme côté acheteur, et les réflexes qui permettent de faire de bonnes affaires sans mauvaise surprise.

Le faux acheteur et son lien « pour recevoir le paiement »

Céline, à Ixelles, met en vente la poussette de son fils sur 2ememain. Moins d'une heure plus tard, un acheteur se manifeste. Il ne négocie pas, ne pose presque aucune question, mais ne peut pas venir : il propose de payer tout de suite, livraison comprise, via un « service de paiement sécurisé ». Il lui envoie un lien par WhatsApp. « La page ressemblait au site, avec un gros bouton pour recevoir mes 180 euros. On me demandait mon numéro de carte, puis le code de sécurité au dos. C'est là que j'ai tiqué. »

Céline a eu raison. Ce type de page ne vous verse rien. En encodant les données de votre carte, puis en validant avec votre application bancaire ou un code reçu par SMS, vous autorisez en réalité un paiement vers l'escroc, ou l'enregistrement de votre carte sur son propre téléphone.

La règle est simple : pour recevoir un virement, votre numéro de compte suffit. Personne n'a besoin du code de sécurité de votre carte, ni d'une validation dans votre application bancaire, dans itsme ou avec votre lecteur de carte, pour vous verser de l'argent.

Le faux acheteur a d'autres cordes à son arc. Il insiste pour quitter la messagerie de la plateforme et poursuivre sur WhatsApp, par SMS ou par e-mail, là où la plateforme ne peut plus détecter ses manœuvres. Ou il vous demande de lui transmettre un code reçu par SMS, « pour prouver que vous êtes une vraie personne ». Ce code sert souvent à prendre le contrôle de votre compte WhatsApp ou de votre profil sur le site d'annonces. Ne le communiquez jamais.

Le faux service de livraison

Deuxième ficelle, souvent combinée à la première : le faux transporteur. L'acheteur explique qu'une société de livraison viendra chercher l'objet chez vous. Vous recevez alors un message au nom d'un transporteur connu, ou d'un service inventé de « livraison sécurisée », qui réclame des frais, une assurance ou les données de votre carte pour « activer » l'envoi.

La version acheteur existe aussi. Un vendeur qui ne peut pas vous rencontrer propose un transporteur « avec garantie ». Le site paraît professionnel, vous payez, rien n'arrive, et le site disparaît quelques jours plus tard.

Autre classique : le trop-perçu. L'acheteur affirme avoir payé plus que prévu pour couvrir les frais de transport, et vous demande de rembourser la différence ou de régler vous-même le livreur. Le paiement initial, lui, n'a jamais existé.

Quand une plateforme propose un système de paiement et de livraison intégré, tout se passe dans son application ou sur son site officiel, avec vos identifiants habituels. Jamais via un lien reçu dans une conversation privée. Au moindre doute, fermez le message et ouvrez vous-même l'application.

Le faux vendeur : trop beau pour être vrai

Côté acheteur, le piège prend la forme d'une annonce alléchante : console récente, vélo électrique ou smartphone à moitié prix, places pour un concert complet. Le vendeur est pressé, souvent « à l'étranger pour le travail ». Il refuse de vous rencontrer et réclame un virement ou un acompte « pour réserver », parce que « beaucoup de monde est intéressé ».

Les étudiants connaissent bien la version immobilière : un kot idéalement situé à Liège ou à Louvain-la-Neuve, un loyer attractif, et un propriétaire injoignable qui réclame le premier loyer et la garantie locative avant toute visite. Ne versez jamais d'argent pour un logement que vous n'avez pas visité, ou dont vous n'avez pas rencontré le propriétaire ou l'agence.

Quelques vérifications aident à y voir clair : l'ancienneté du profil et ses évaluations (qui peuvent toutefois appartenir à un compte piraté), une recherche d'image inversée pour voir si les photos ne proviennent pas d'une autre annonce, un appel vidéo pour voir l'objet. Au moment de payer, lisez attentivement les avertissements de votre banque. Si elle vous signale que le nom du bénéficiaire ne correspond pas au numéro de compte, arrêtez-vous et posez des questions.

La remise en main propre, le choix le plus sûr

Pour les objets de valeur, rien ne vaut une rencontre. Fixez le rendez-vous en journée, dans un lieu public et fréquenté, comme le parking d'un supermarché. Venez accompagné si possible, et prévenez un proche. Pour un meuble lourd qui se vend depuis la maison, ne restez pas seul et limitez la visite à la pièce utile.

Côté acheteur, prenez le temps d'examiner l'objet : allumer le téléphone et vérifier qu'il n'est plus lié au compte du vendeur, essayer le vélo, ouvrir les tiroirs. Pour un article coûteux, demandez la facture d'achat : c'est une précaution utile contre les objets volés.

Pour le paiement, deux solutions : les espèces, que vous comptez sur place, ou un virement instantané dont vous vérifiez l'arrivée dans votre propre application bancaire. Ne vous fiez jamais à l'écran du téléphone de l'acheteur ni à une capture d'écran. Karim, qui vendait son vélo à Mons, a attendu quelques minutes que l'argent apparaisse sur son compte. « L'acheteur a trouvé ça normal. Un escroc, lui, aurait tout fait pour repartir au plus vite. »

Les bons réflexes, pour vendre comme pour acheter

  • Restez sur la messagerie de la plateforme et refusez de poursuivre la discussion ailleurs.
  • Ne cliquez sur aucun lien de paiement ou de livraison reçu dans une conversation.
  • Ne communiquez jamais les données de votre carte, vos codes bancaires ni un code reçu par SMS.
  • Méfiez-vous de l'urgence, des prix trop bas et des interlocuteurs qui refusent de se montrer ou de parler de vive voix.
  • Privilégiez la remise en main propre ou le système de paiement intégré à la plateforme, utilisé uniquement depuis l'application officielle.
  • Gardez des traces : captures de l'annonce, de la conversation et du profil.

Si vous vous êtes fait piéger

Agissez vite, et sans honte : ces escroqueries sont rodées et piègent aussi des personnes très prudentes. Si vous avez encodé les données de votre carte ou validé une opération, appelez votre banque et faites bloquer votre carte via Card Stop, au 078 170 170, joignable jour et nuit. Si vous avez payé un faux vendeur, votre banque peut parfois tenter de rappeler le virement, sans garantie.

Portez ensuite plainte auprès de la police locale, avec toutes vos captures d'écran, et signalez le profil à la plateforme pour qu'elle le bloque. Vous pouvez aussi transférer les messages frauduleux à suspicious@safeonweb.be, l'adresse de Safeonweb, et signaler l'arnaque au Point de contact du SPF Economie. Enfin, si vous avez communiqué un code lié à votre compte WhatsApp ou à votre profil d'annonces, prévenez vos contacts : l'escroc pourrait s'en servir pour les piéger à leur tour.

À retenir : Pour recevoir de l'argent, votre numéro de compte suffit : un lien qui réclame votre carte ou vos codes est une arnaque. Restez sur la messagerie officielle de la plateforme, méfiez-vous des prix trop bas et ne versez jamais d'acompte pour un objet ou un logement que vous n'avez pas vu. Privilégiez la remise en main propre, en vérifiant le paiement dans votre propre application bancaire. En cas de problème, appelez votre banque et Card Stop au 078 170 170, puis portez plainte.

Questions fréquentes

Un acheteur m'envoie un lien pour recevoir le paiement : est-ce une arnaque ?

Presque certainement. Pour recevoir un virement, votre numéro de compte suffit : personne n'a besoin du code de sécurité de votre carte ni d'une validation dans votre application bancaire pour vous verser de l'argent. Ne cliquez pas et poursuivez l'échange uniquement sur la messagerie officielle de la plateforme.

Comment se faire payer en toute sécurité lors d'une vente entre particuliers ?

Le plus sûr reste la remise en main propre, avec un paiement en espèces ou un virement instantané dont vous vérifiez l'arrivée dans votre propre application bancaire. Ne vous fiez jamais à une capture d'écran ni à l'écran du téléphone de l'acheteur : les fausses confirmations de paiement sont faciles à fabriquer.

Comment reconnaître une fausse annonce ?

Méfiez-vous d'un prix nettement inférieur au marché, d'un vendeur pressé qui refuse toute rencontre ou tout appel, et d'une demande d'acompte avant d'avoir vu l'objet. Une recherche d'image inversée permet parfois de découvrir que les photos ont été copiées ailleurs sur internet.

Que faire si j'ai payé un vendeur qui ne donne plus de nouvelles ?

Contactez votre banque sans attendre : elle peut parfois tenter de rappeler le paiement, sans garantie de succès. Portez plainte auprès de la police locale avec les captures de l'annonce et de la conversation, puis signalez le profil à la plateforme.

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