L'intelligence artificielle au quotidien : bons usages, vraies limites

Reformuler un courrier, préparer un voyage, comprendre un document : l'IA générative rend service, si l'on connaît ses limites et protège ses données.

Une femme d'une soixantaine d'années relit une lettre imprimée devant un ordinateur portable, à la table de sa cuisine à Namur.
Une femme d'une soixantaine d'années relit une lettre imprimée devant un ordinateur portable, à la table de sa cuisine à Namur. Image d'illustration.

Il y a quelques années encore, parler avec une machine relevait de la science-fiction. Aujourd'hui, des outils d'intelligence artificielle générative répondent à des questions, rédigent des textes et résument des documents en quelques secondes. Ils peuvent rendre de vrais services, à condition de savoir ce qu'ils sont, et surtout ce qu'ils ne sont pas.

De quoi parle-t-on exactement ?

L'intelligence artificielle générative désigne des programmes capables de produire du texte, des images ou du son à partir d'une simple demande écrite. On les utilise souvent sous forme de « chat » : on pose une question, l'outil répond, on peut préciser, relancer, demander autre chose.

Ces outils ont été entraînés sur d'immenses quantités de textes. Ils sont devenus très doués pour produire des phrases fluides et plausibles. Mais il faut garder une idée en tête : ils ne « savent » pas les choses comme un expert ou une encyclopédie. Ils calculent la suite de mots la plus vraisemblable. La plupart du temps, cela donne un résultat juste. Parfois, non.

Des usages vraiment utiles

Commençons par le positif, car il est réel. Pour beaucoup de tâches du quotidien, ces assistants font gagner du temps et enlèvent une petite angoisse.

Prenons Monique, retraitée à Jambes. Elle doit écrire à son propriétaire pour signaler une infiltration d'eau, mais elle redoute de mal formuler les choses. Elle rédige quelques lignes telles qu'elles lui viennent, puis demande à l'outil de les rendre plus claires et plus courtoises. Elle relit, ajuste deux phrases, et envoie une lettre dont elle est fière.

Voici quelques usages sensés, parmi d'autres :

  • reformuler un courrier, un courriel délicat ou une réclamation, dans un ton poli et ferme ;
  • préparer un voyage : idées d'itinéraire, liste de choses à emporter, questions à poser à un hébergeur ;
  • comprendre un document compliqué, en demandant une explication en mots simples ;
  • s'entraîner dans une langue, par exemple converser en néerlandais avant un entretien ;
  • trouver des idées de menus avec ce qui reste dans le frigo ;
  • structurer une présentation pour une réunion de club ou d'association.

Karim, indépendant à Liège, s'en sert pour relire ses devis et repérer les fautes d'orthographe. Élise, étudiante à Mons, lui demande de lui poser des questions sur son cours pour vérifier qu'elle l'a bien compris. Dans tous ces cas, l'outil est un assistant, pas un décideur.

Les limites : erreurs et inventions

Le principal piège a un nom un peu étrange : les « hallucinations ». L'outil peut affirmer avec aplomb une information fausse, inventer une référence, une date, un article de loi ou le nom d'un livre qui n'existe pas. Et il le fait avec le même ton assuré que lorsqu'il a raison.

C'est particulièrement risqué dans quelques domaines sensibles. La santé, d'abord : un outil peut donner des informations générales, mais il ne remplace jamais un médecin ou un pharmacien. Le droit et l'administration ensuite : les règles changent, varient entre la Wallonie, Bruxelles et la Flandre, et l'outil peut mélanger des règles belges et françaises. Pour une question de fiscalité, de chômage ou de pension, la source officielle reste la référence (le SPF Finances via MyMinfin, votre organisme de paiement, votre mutualité ou votre commune).

Autre limite : ces outils ne connaissent pas toujours l'actualité récente, et certains ne le signalent pas clairement. Un horaire de train, les heures d'ouverture d'un musée ou le prix d'un billet doivent toujours être vérifiés sur le site de l'organisme concerné.

Enfin, ils peuvent refléter des biais présents dans les textes qui ont servi à leur entraînement. Une réponse n'est jamais neutre par nature.

Vos données personnelles : prudence

Ce que vous tapez dans un assistant d'intelligence artificielle ne reste pas forcément entre vous et votre écran. Selon le service et ses réglages, vos conversations peuvent être conservées, relues à des fins de contrôle ou utilisées pour améliorer l'outil. Les conditions varient d'un fournisseur à l'autre et évoluent régulièrement.

Quelques réflexes simples limitent les risques. Évitez de copier votre numéro de registre national, vos coordonnées bancaires, vos mots de passe ou des informations médicales détaillées. Avant de faire résumer un document, retirez les noms, adresses et numéros qui ne sont pas nécessaires. Et si vous utilisez un outil au travail, renseignez-vous sur les règles de votre employeur : certaines entreprises interdisent d'y copier des documents internes.

Prenez aussi quelques minutes pour parcourir les paramètres de confidentialité du service choisi. Beaucoup permettent de désactiver l'historique ou l'utilisation des conversations pour l'entraînement. En cas de doute sur vos droits, l'Autorité de protection des données, en Belgique, publie des informations accessibles au grand public.

Garder son esprit critique

Le meilleur usage de l'intelligence artificielle est un usage actif. Quelques habitudes aident beaucoup.

Donnez du contexte : « Je vis à Charleroi, je suis locataire, je veux écrire à mon propriétaire » donnera un meilleur résultat que « écris une lettre ». Demandez à l'outil d'indiquer ce dont il n'est pas sûr. Croisez toujours une information importante avec une deuxième source, idéalement officielle. Et relisez tout ce que vous envoyez sous votre nom : c'est vous qui signez, pas la machine.

Il est aussi utile de rester attentif à ce que l'on délègue. Écrire soi-même un mot de condoléances, même maladroit, a une valeur que l'outil ne peut pas remplacer. Et s'appuyer sur lui pour tout risque, à la longue, de nous faire perdre des savoir-faire que nous aimons avoir.

Enfin, parlez-en autour de vous. Les enfants et petits-enfants s'en servent souvent déjà pour leurs devoirs. Plutôt que d'interdire, mieux vaut discuter ensemble de ce que l'outil fait bien, de ce qu'il fait mal, et de la différence entre se faire aider et faire faire.

Voix, images, vidéos : quand l'IA sert à tromper

Les technologies qui aident à rédiger un courrier permettent aussi de fabriquer de fausses photos, de fausses vidéos et même d'imiter une voix à partir d'un court extrait trouvé en ligne. Les escrocs s'en sont vite emparés.

Deux scénarios reviennent souvent. Le premier : un appel d'un « petit-fils » ou d'une « fille » en détresse, dont la voix ressemble à s'y méprendre à celle du proche, qui réclame de l'argent en urgence après un accident ou un problème avec la police. Le second : une vidéo où une personnalité connue, parfois belge, vante un placement « garanti » ou un produit miracle. Le visage et la voix semblent authentiques, mais la séquence a été fabriquée.

La parade tient en quelques réflexes. Toute demande d'argent urgente, même portée par une voix ou un visage familier, doit être vérifiée par un autre canal : raccrochez et rappelez la personne sur son numéro habituel. Certaines familles conviennent d'un mot de code, ou d'une question dont seuls les proches connaissent la réponse. Et une célébrité qui recommande un investissement dans une publicité doit toujours éveiller la méfiance.

Les messages suspects peuvent être signalés sur Safeonweb. Si de l'argent a déjà été versé, contactez immédiatement votre banque, puis portez plainte auprès de la police.

Par où commencer ?

Si vous n'avez jamais essayé, commencez par une tâche sans enjeu : demander une recette, faire reformuler un petit texte, poser une question sur un sujet que vous connaissez bien. Vous verrez vite ses forces et repérerez plus facilement ses erreurs.

De nombreuses bibliothèques, espaces publics numériques et associations en Wallonie et à Bruxelles organisent des ateliers d'initiation. C'est une bonne manière de découvrir ces outils en groupe, de poser ses questions sans gêne et de partager ses trucs avec d'autres.

À retenir : L'intelligence artificielle générative est un bon assistant pour reformuler un courrier, préparer un voyage ou comprendre un document compliqué. Elle peut cependant se tromper ou inventer avec beaucoup d'assurance, surtout en santé, en droit ou pour l'actualité. Ne lui confiez pas vos données sensibles et vérifiez les paramètres de confidentialité. Relisez, croisez vos sources et gardez le dernier mot.

Questions fréquentes

L'intelligence artificielle peut-elle se tromper ?

Oui. Les outils d'IA générative peuvent affirmer avec assurance des informations fausses, inventer des références ou mélanger des règles de différents pays : on parle d'« hallucinations ». Pour toute question importante, en santé, en droit ou en administration, vérifiez auprès d'une source officielle ou d'un professionnel.

Peut-on confier ses données personnelles à un assistant d'intelligence artificielle ?

Mieux vaut s'en abstenir. Selon le service et ses réglages, les conversations peuvent être conservées, relues ou utilisées pour améliorer l'outil. Ne copiez jamais votre numéro de registre national, vos coordonnées bancaires, vos mots de passe ou des informations médicales détaillées, et prenez le temps de vérifier les paramètres de confidentialité.

Comment reconnaître une arnaque utilisant une voix imitée par l'IA ?

Une demande d'argent urgente, un ton de panique et une consigne de discrétion sont des signaux d'alerte, même si la voix semble familière. Raccrochez et rappelez la personne sur son numéro habituel, ou posez une question dont seul le vrai proche connaît la réponse. En cas de doute, parlez-en à quelqu'un de confiance avant tout virement.

Où apprendre à utiliser l'intelligence artificielle en Belgique ?

De nombreuses bibliothèques, espaces publics numériques et associations en Wallonie et à Bruxelles proposent des ateliers d'initiation. Renseignez-vous auprès de votre commune ou de votre bibliothèque locale. Commencer par des tâches sans enjeu permet aussi de repérer facilement les forces et les erreurs de ces outils.

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