Photos de ses enfants sur les réseaux sociaux : publier sans regretter

Partager la rentrée ou les vacances de ses enfants en ligne : les vrais risques, le droit à l'image en Belgique, l'avis de l'autre parent et les réglages qui protègent.

Un père photographie avec son smartphone ses deux enfants qui jouent dans les feuilles mortes d'un parc, par un après-midi d'automne.
Un père photographie avec son smartphone ses deux enfants qui jouent dans les feuilles mortes d'un parc, par un après-midi d'automne. Image d'illustration.

Le premier jour d'école, le gâteau d'anniversaire, la tête dans le sable à la mer du Nord : on a envie de partager ces moments avec la famille et les amis. Publier la photo de son enfant sur Facebook, Instagram ou dans un groupe WhatsApp est devenu un geste banal. Il ne s'agit pas de culpabiliser les parents, mais de comprendre ce que devient une photo une fois en ligne, et de prendre quelques précautions simples pour que nos enfants n'aient pas à le regretter plus tard.

Pourquoi la question se pose aujourd'hui

Un enfant né aujourd'hui aura, à 18 ans, une histoire en ligne écrite par d'autres que lui : ses parents, ses grands-parents, son école, son club de sport. Les anglophones ont même inventé un mot pour ce phénomène, le « sharenting », contraction de « partager » et « parentalité ».

Pendant longtemps, le risque semblait abstrait. Trois évolutions l'ont rendu plus concret :

  • les photos circulent bien au-delà du cercle prévu, par captures d'écran et partages ;
  • elles restent en ligne pendant des années, et réapparaissent parfois au pire moment, à l'adolescence ;
  • les outils d'intelligence artificielle permettent désormais de détourner une photo ordinaire, y compris pour créer de fausses images à caractère sexuel.

Les vrais risques, sans dramatiser

La photo qui échappe à son cercle

Une photo publiée « pour la famille » sur un profil public est visible par tous. Même sur un profil restreint, un seul contact peut faire une capture d'écran et la partager ailleurs. Il faut donc partir d'un principe simple : ce qui est publié peut circuler.

Les informations qui se glissent dans le cadre

Le logo de l'école sur le pull, le nom de la rue derrière le portail, la tenue du club de foot, la localisation activée sur la publication : mises bout à bout, ces informations permettent de savoir où trouver un enfant, à quelle heure, et comment l'aborder en prononçant son prénom.

La gêne, plus tard

Le bain, la crise de larmes, la coupe de cheveux ratée, le pot : ce qui nous fait sourire aujourd'hui peut devenir une source de moqueries au collège. Beaucoup d'adolescents découvrent avec malaise ce que leurs parents ont publié d'eux pendant des années.

Le détournement

Des photos d'enfants tout à fait anodines peuvent être récupérées et détournées par des personnes malveillantes, et l'intelligence artificielle facilite aujourd'hui la création de montages réalistes. Notre article sur l'intelligence artificielle au quotidien revient sur les capacités et les limites de ces outils. Le risque n'est pas qu'il arrive à chaque photo, mais qu'il est impossible à réparer une fois l'image diffusée.

Ce que dit le droit en Belgique

Le cadre juridique repose sur quelques principes, dont l'application dépend toujours de la situation concrète.

Le droit à l'image : toute personne, enfant compris, a en principe le droit de s'opposer à la diffusion de son image lorsqu'elle est reconnaissable. Pour un mineur, ce sont ses parents qui exercent ce droit en son nom, en tenant compte de son avis à mesure qu'il grandit.

La protection des données : une photo d'une personne reconnaissable est une donnée personnelle. En Belgique, un jeune peut consentir seul au traitement de ses données par un réseau social à partir de 13 ans ; en dessous, l'accord des parents est nécessaire.

L'accord des deux parents : lorsque les parents exercent ensemble l'autorité parentale, ce qui est le cas le plus fréquent, même après une séparation, la publication de photos d'un enfant devrait idéalement faire l'objet d'un accord entre eux. En cas de conflit persistant, le tribunal de la famille peut être saisi et tranche en fonction de l'intérêt de l'enfant.

Les tiers : l'école, le club, les autres parents ou la famille élargie doivent en principe obtenir l'autorisation des parents avant de publier une photo où votre enfant est reconnaissable.

Pour les questions précises, l'Autorité de protection des données publie des informations utiles, et une permanence juridique gratuite ou un avocat peuvent vous éclairer.

Avant de publier : cinq questions à se poser

Plutôt que des interdits, quelques questions suffisent à faire le tri :

  1. Mon enfant serait-il d'accord ? S'il est en âge de répondre, demandez-lui. Sinon, imaginez-le à 15 ans découvrant la photo.
  2. Qui va vraiment la voir ? Un groupe familial privé n'est pas un profil public.
  3. Est-ce qu'on reconnaît l'enfant ? Un enfant de dos, de loin, ou un détail (des mains, des bottes dans une flaque) raconte souvent aussi bien le moment.
  4. La photo révèle-t-elle un lieu ou une habitude ? École, club, rue, horaire : à éviter.
  5. Pourrait-elle être détournée ? Enfant dénudé, en maillot de bain, dans le bain : à garder pour l'album familial.

Thomas, 38 ans, papa de deux enfants à Uccle, a changé ses habitudes l'an dernier. « Ma fille de neuf ans m'a demandé de retirer une photo d'elle en pleurs, publiée quand elle avait trois ans. Elle l'avait vue chez une copine. Depuis, je lui demande avant, et je publie surtout dans le groupe WhatsApp de la famille. »

Les réglages qui protègent

Quelques réglages réduisent nettement les risques :

  • mettez votre profil en privé et vérifiez qui fait partie de vos contacts ou abonnés ;
  • préférez les albums partagés privés ou les groupes familiaux aux publications publiques : la plupart des services de photos proposent des albums partagés avec des personnes choisies ;
  • désactivez la localisation des publications et, si possible, des photos elles-mêmes dans les réglages de l'appareil photo du téléphone ;
  • demandez à vos proches de ne pas republier sans votre accord, en particulier les grands-parents, souvent fiers et prompts à partager ;
  • évitez de mentionner le prénom complet, l'école ou la date de naissance dans la légende.

Ces réglages s'inscrivent dans une réflexion plus large sur la place du numérique à la maison, que nous abordons dans notre article sur des règles d'écrans en famille qui tiennent dans la durée.

Quand une photo pose problème

Si une photo de votre enfant a été publiée par quelqu'un d'autre sans votre accord, demandez d'abord son retrait, simplement et poliment : c'est souvent une maladresse. Si la personne refuse, utilisez la fonction de signalement de la plateforme en précisant qu'il s'agit d'un mineur publié sans le consentement de ses parents.

Si la photo est détournée, sexualisée, accompagnée de moqueries ou utilisée pour harceler votre enfant, ne restez pas seul :

  • conservez des captures d'écran avec la date et l'adresse de la publication ;
  • contactez Child Focus au 116 000, joignable jour et nuit, qui accompagne les familles et peut aider à faire retirer des contenus ;
  • portez plainte auprès de la police en cas d'exploitation sexuelle, de harcèlement ou de menace ;
  • saisissez l'Autorité de protection des données si une organisation refuse de retirer une image.

À retenir : une photo publiée peut circuler, rester en ligne des années et être détournée. Avant de partager, demandez-vous si votre enfant serait d'accord, si on le reconnaît et si la photo révèle un lieu ou une habitude. Privilégiez les groupes familiaux et les albums privés, désactivez la localisation et demandez à vos proches de ne pas republier. En Belgique, l'accord des deux parents est la règle de bon sens, et Child Focus, au 116 000, aide en cas de détournement.

Questions fréquentes

À partir de quel âge un enfant doit-il donner son accord pour la publication de ses photos ?

La loi ne fixe pas un âge unique pour le droit à l'image : pour un jeune enfant, ce sont les parents qui décident, mais l'avis de l'enfant compte de plus en plus à mesure qu'il grandit. En Belgique, un jeune peut consentir seul au traitement de ses données par les réseaux sociaux à partir de 13 ans. Dans les faits, lui demander son accord dès qu'il est en âge de comprendre est la meilleure habitude.

Mon ex publie des photos de notre enfant sans mon accord : que faire ?

Commencez par en parler directement, par écrit si nécessaire, en expliquant ce qui vous dérange. Si le désaccord persiste, une médiation familiale peut aider. En dernier recours, la question peut être portée devant le tribunal de la famille, qui tranche en fonction de l'intérêt de l'enfant. Un avocat ou une permanence juridique gratuite peut vous éclairer sur votre situation.

L'école peut-elle publier des photos de mon enfant sur son site ou sa page Facebook ?

Une école doit en principe obtenir l'autorisation des parents avant de publier des photos où un enfant est reconnaissable, et elle vous demande généralement de remplir un formulaire en début d'année. Vous pouvez refuser ou retirer votre accord à tout moment. Si une photo a été publiée sans autorisation, demandez son retrait à la direction.

Comment faire retirer une photo de mon enfant publiée par quelqu'un d'autre ?

Demandez d'abord poliment à la personne de la retirer. Si elle refuse, signalez la publication à la plateforme en indiquant qu'il s'agit d'un mineur publié sans le consentement de ses parents. Si la photo est détournée, sexualisée ou accompagnée de moqueries, contactez Child Focus au 116 000 et, selon la gravité, la police. L'Autorité de protection des données peut aussi être saisie.

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