Jeux vidéo en famille : PEGI, achats intégrés et plaisir de jouer

Jouer avec ses enfants, lire les logos PEGI, éviter les achats intégrés et les boîtes à butin, fixer un temps de jeu : le guide des parents qui veulent suivre.

Un père et sa fille d'une dizaine d'années rient en jouant à la console, manettes en main, sur le canapé de leur salon à Charleroi.
Un père et sa fille d'une dizaine d'années rient en jouant à la console, manettes en main, sur le canapé de leur salon à Charleroi. Image d'illustration.

Pour beaucoup de parents, les jeux vidéo restent une boîte noire : on voit bien que les enfants adorent, on s'inquiète du temps passé et des dépenses cachées. Pourtant, jouer ensemble reste l'une des meilleures façons de comprendre cet univers, de poser un cadre qui tient et, bien souvent, de passer un très bon moment.

Prendre la manette, même maladroitement

Didier, 43 ans, n'avait plus touché une console depuis ses années d'école. Un samedi de pluie, à Charleroi, sa fille Lina, 9 ans, lui a proposé une partie de son jeu de construction préféré. Il a passé la soirée à tomber dans des trous et à se perdre. Elle, à lui expliquer patiemment comment faire, ravie d'être pour une fois celle qui sait.

Ce renversement des rôles fait du bien aux enfants. Il offre aussi aux parents une fenêtre précieuse : on découvre le contenu réel du jeu, la manière dont il pousse à continuer, les échanges avec d'autres joueurs, les moments où l'enfant s'énerve ou s'enthousiasme. Rien de tout cela n'apparaît quand on se contente de lancer « c'est l'heure d'arrêter » depuis la cuisine.

Nul besoin d'être doué. Demander à son enfant de présenter son jeu préféré, d'expliquer ce qu'il faut y faire et pourquoi il l'aime, suffit souvent à ouvrir la conversation. S'asseoir à côté de lui quelques minutes pour le regarder jouer, sans commenter, est déjà un premier pas.

Comprendre la signalétique PEGI

Sur les boîtes de jeux et dans les boutiques en ligne, un petit logo attire l'œil : PEGI, pour « Pan European Game Information ». C'est le système de classification par âge utilisé dans la plupart des pays européens, dont la Belgique. Il comporte cinq niveaux : 3, 7, 12, 16 et 18.

Ce chiffre indique l'âge à partir duquel le contenu est jugé adapté. Il ne dit rien de la difficulté du jeu ni de son intérêt : un jeu classé PEGI 3 peut être très exigeant, et un jeu déconseillé aux moins de 16 ans peut être très simple à prendre en main. À côté du chiffre, des pictogrammes précisent la raison de la classification : violence, langage grossier, peur, jeux de hasard, drogues, contenu sexuel, discrimination, ou encore présence d'achats intégrés.

Une limite importante mérite d'être connue : la classification porte sur le contenu du jeu lui-même, pas sur ce que peuvent écrire ou dire les autres joueurs dans les discussions en ligne. Pour un enfant, un jeu paisible peut donc exposer à des inconnus s'il comporte un chat ouvert. Les réglages de la console permettent en général de limiter ou de couper ces échanges.

Avant un achat, regarder quelques minutes de vidéo d'une partie réelle donne une idée plus juste que la jaquette. Et le logo PEGI reste un repère, pas un verdict : c'est à chaque parent d'apprécier ce qui convient à son enfant.

Achats intégrés et boîtes à butin : l'argent qui ne se voit pas

Beaucoup de jeux très populaires sont gratuits à télécharger. Ils se financent autrement : tenues pour les personnages, niveaux supplémentaires, passes saisonniers, et surtout monnaies virtuelles. Gemmes, pièces ou cristaux s'achètent avec de l'argent réel, mais leur valeur devient floue une fois convertie. C'est voulu : on dépense plus facilement des « gemmes » que des euros.

Les boîtes à butin, souvent appelées « loot boxes », vont plus loin. Il s'agit de coffres, de packs ou de cartes dont le contenu est tiré au hasard : on paie sans savoir ce que l'on obtiendra, avec l'espoir de décrocher un objet rare. La mécanique ressemble fort à celle des jeux de hasard.

La Belgique a été parmi les premières à s'en inquiéter. Dès 2018, la Commission des jeux de hasard a estimé que certaines boîtes à butin payantes relevaient de la législation sur les jeux de hasard, et plusieurs éditeurs ont retiré ou modifié ces mécanismes pour le public belge. Le sujet reste toutefois débattu, et des systèmes aléatoires payants, sous des formes variées, restent visibles dans certains jeux. La vigilance des parents reste donc de mise. Le pictogramme PEGI des achats intégrés peut d'ailleurs être accompagné d'une mention signalant la présence d'objets aléatoires payants.

Nadia, à Schaerbeek, a découvert sur son relevé bancaire plusieurs achats faits par son fils de 10 ans : sa carte était restée enregistrée sur la console. Pour éviter ce genre de surprise, quelques précautions suffisent :

  • ne pas enregistrer de carte bancaire sur la console ou le compte de l'enfant, ou exiger un code pour chaque achat ;
  • créer un compte enfant lié au compte d'un parent et activer le contrôle parental ;
  • préférer, si l'on accepte une petite dépense, une carte prépayée d'un montant fixe ;
  • désactiver ou protéger par un code les achats intégrés dans les réglages du téléphone ou de la tablette ;
  • expliquer à l'enfant ce que représentent réellement ses gemmes en euros.

En cas d'achats non désirés, contactez rapidement le service client de la boutique concernée. Un remboursement est parfois possible, selon ses règles, mais rien n'est garanti.

Temps de jeu : un cadre plutôt qu'un chronomètre

Il n'existe pas de durée idéale valable pour tous les enfants. Tout dépend de l'âge, du type de jeu, du moment de la journée et de ce qui se passe à côté : sport, amis, devoirs, sommeil.

Un point est souvent mal compris par les parents : dans beaucoup de jeux en ligne, on ne peut pas arrêter une partie à n'importe quel moment sans pénaliser toute son équipe. Couper la console au milieu d'un match provoque donc une colère parfois légitime. Raisonner en nombre de parties plutôt qu'en minutes, annoncer la fin un peu à l'avance et laisser terminer la manche en cours évite bien des conflits.

Les consoles, tablettes et smartphones proposent des outils de contrôle parental pour fixer des plages horaires ou une durée quotidienne. Ils rendent service, surtout avec les plus jeunes, à condition d'être expliqués plutôt qu'imposés en cachette.

Certains signaux méritent l'attention : sommeil qui se dégrade, résultats scolaires en baisse, abandon d'activités autrefois appréciées, irritabilité forte dès que le jeu s'arrête. L'Organisation mondiale de la santé reconnaît l'existence d'un trouble lié au jeu vidéo, mais il ne concerne qu'une minorité de joueurs. En cas d'inquiétude, le médecin traitant ou le centre PMS de l'école peuvent aider à y voir clair.

Les jeux coopératifs, meilleurs alliés des familles

Tous les jeux ne se valent pas pour jouer ensemble. Les jeux coopératifs, où l'on gagne ou perd en équipe, sont particulièrement adaptés aux familles. Jeux de plateforme à deux, courses en écran partagé, jeux de cuisine où il faut se répartir les tâches, jeux de construction, jeux de danse ou de sport où l'on bouge devant l'écran : le choix est vaste.

Chez les Collignon, à Namur, la soirée jeux du vendredi réunit trois générations. La grand-mère, qui n'avait jamais tenu une manette, est devenue redoutable au bowling virtuel. Les enfants apprennent à s'entraider, à communiquer, à perdre sans claquer la porte. Les parents, eux, découvrent qu'un écran peut aussi rassembler.

Pour les plus jeunes, privilégier le jeu sur le même canapé plutôt qu'en ligne évite en prime les échanges avec des inconnus. Certaines bibliothèques et ludothèques proposent aussi des après-midi jeux vidéo, une bonne occasion d'essayer avant d'acheter.

À retenir : Jouer avec ses enfants, même maladroitement, est la meilleure façon de comprendre leurs jeux et de poser un cadre crédible. Le logo PEGI indique l'âge conseillé selon le contenu, pas la difficulté, et ne couvre pas les échanges en ligne. Achats intégrés et boîtes à butin demandent une vraie vigilance : pas de carte enregistrée sans code et un contrôle parental activé. Côté temps de jeu, raisonner en parties plutôt qu'en minutes apaise bien des soirées.

Questions fréquentes

Que signifient les logos PEGI sur les jeux vidéo ?

PEGI est le système européen de classification des jeux vidéo, utilisé en Belgique. Le chiffre (3, 7, 12, 16 ou 18) indique l'âge à partir duquel le contenu est jugé adapté, et des pictogrammes en précisent la raison : violence, peur, langage grossier, achats intégrés, etc. Il ne dit rien de la difficulté du jeu, ni de ce que les autres joueurs peuvent écrire ou dire en ligne.

Les loot boxes sont-elles interdites en Belgique ?

Dès 2018, la Commission des jeux de hasard a estimé que certaines boîtes à butin payantes relevaient de la législation sur les jeux de hasard, et plusieurs éditeurs ont alors modifié leurs jeux pour le public belge. Des mécanismes aléatoires payants restent toutefois visibles, sous diverses formes, dans certains jeux. Pour connaître la situation exacte, la Commission des jeux de hasard reste la source de référence.

Comment empêcher mon enfant de faire des achats dans un jeu ?

Ne laissez pas de carte bancaire enregistrée sans code, et activez le contrôle parental de la console, de la tablette ou du smartphone, qui permet de bloquer ou de plafonner les achats. Un compte enfant lié à celui du parent facilite ces réglages. Parler avec l'enfant de la valeur réelle des monnaies virtuelles reste indispensable.

Combien de temps un enfant peut-il jouer aux jeux vidéo ?

Il n'existe pas de durée idéale valable pour tous : tout dépend de l'âge, du jeu et du reste de la journée. Plutôt qu'un chronomètre strict, beaucoup de familles raisonnent en nombre de parties et protègent les moments essentiels comme le sommeil, les repas et les devoirs. Un changement d'humeur, de sommeil ou de résultats scolaires mérite une discussion.

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