« Bonjour maman, nouveau numéro » : déjouer l'arnaque sur WhatsApp

Un message tendre, un nouveau numéro, puis une facture urgente : comment fonctionne l'arnaque « Bonjour maman » sur WhatsApp et comment protéger vos proches.

Un homme âgé assis dans son salon tient son téléphone et semble hésiter avant de répondre à un message.
Un homme âgé assis dans son salon tient son téléphone et semble hésiter avant de répondre à un message. Image d'illustration.

Un message arrive sur WhatsApp : « Coucou maman, c'est moi, j'ai cassé mon téléphone, voici mon nouveau numéro. » Quelques minutes plus tard, votre « enfant » a besoin d'un petit coup de main pour payer une facture urgente. Cette arnaque, connue sous le nom de « Bonjour maman », a déjà piégé de nombreuses familles en Belgique. Voici comment elle fonctionne et comment s'en protéger.

Une scène qui pourrait arriver chez vous

Un mardi soir à Schaerbeek, Nadine, 62 ans, prépare le souper quand son téléphone vibre. Un numéro inconnu, et ce message : « Salut maman, c'est moi ! Mon GSM est tombé dans l'eau, j'utilise un ancien téléphone. Tu peux enregistrer ce numéro ? » Pas de prénom, mais Nadine a deux fils. Elle pense tout de suite à Thomas, qui est toujours distrait.

La conversation s'installe, affectueuse et banale. Puis, une demi-heure plus tard : « Maman, j'ai un souci. Je dois payer une facture aujourd'hui et mon application bancaire ne fonctionne pas sur ce vieux téléphone. Tu pourrais faire le virement pour moi ? Je te rembourse demain. » Suivent un montant de quelques centaines d'euros et un numéro de compte.

Nadine a failli le faire. Ce qui l'a arrêtée ? « Il m'a écrit "je te rembourse demain". Thomas ne m'a jamais remboursé quoi que ce soit en trente ans ! » Elle a appelé son fils sur son numéro habituel. Il était tranquillement chez lui, à Ixelles, téléphone en parfait état.

La mécanique psychologique de l'arnaque

Cette fraude ne repose sur aucune prouesse technique. Elle exploite simplement ce que nous avons de plus précieux : l'amour pour nos proches. Plusieurs leviers sont activés en même temps.

L'affection d'abord. Le message commence par « maman » ou « papa ». Le cerveau du parent se met instantanément en mode protection. On ne soupçonne pas son propre enfant.

Le flou ensuite. L'escroc ne donne presque jamais de prénom. C'est vous qui le fournissez, en répondant par exemple « C'est toi, Julie ? ». Il n'a plus qu'à confirmer.

Une excuse crédible pour éviter l'appel. Téléphone cassé, micro en panne, réunion, mauvaise connexion : il y a toujours une bonne raison pour ne pas parler de vive voix. Car une seule seconde de voix suffirait à tout faire tomber.

L'urgence enfin. La facture doit être payée aujourd'hui, avant une échéance, avant la fermeture. Plus vous avez peu de temps pour réfléchir, moins vous vous posez de questions.

Les escrocs travaillent souvent en masse, en envoyant ces messages à des numéros pris au hasard ou récupérés lors de fuites de données. Ils n'ont pas besoin de vous connaître : il leur suffit de tomber, de temps en temps, sur un parent dont l'enfant a l'âge et le profil qui correspondent.

Les bons réflexes face à un « nouveau numéro »

La règle de base est simple : un proche qui change de numéro et demande de l'argent par message doit toujours être vérifié par un autre canal. Voici les réflexes à adopter :

  • Appelez l'ancien numéro. C'est le geste le plus efficace. Dans la grande majorité des cas, votre enfant décroche et découvre, étonné, qu'il aurait « perdu » son téléphone.
  • Demandez un appel vocal ou une note vocale sur le nouveau numéro. Un escroc trouvera toujours une excuse pour refuser.
  • Posez une question que seul votre proche connaît : le nom du premier chien, le plat de la fête de Noël, le surnom de la grand-tante de Huy. Évitez les informations visibles sur les réseaux sociaux.
  • Ne donnez jamais vous-même le prénom : laissez l'interlocuteur se présenter.
  • Refusez de payer une facture pour quelqu'un d'autre sur la base d'un simple message, surtout vers un compte que vous ne connaissez pas.

Certaines familles vont plus loin et conviennent d'un mot de passe familial, un mot un peu absurde que tout le monde connaît et que l'on demande en cas de doute. Cela peut sembler exagéré, mais c'est redoutablement efficace, y compris contre les arnaques par téléphone où l'escroc imite une voix.

Si vous avez déjà payé

Même les personnes les plus prudentes peuvent se faire avoir, un soir de fatigue ou d'inquiétude. Il n'y a aucune honte à cela. L'important est d'agir rapidement.

Contactez immédiatement votre banque. Si le virement vient d'être effectué, il est parfois possible de tenter de le bloquer ou de le rappeler, sans garantie. Portez ensuite plainte auprès de la police locale, en conservant l'ensemble de la conversation WhatsApp, le numéro de l'escroc et la preuve du virement. Si vous avez communiqué des codes bancaires ou des données de carte, faites bloquer celle-ci via Card Stop.

Signalez aussi le numéro dans WhatsApp, puis bloquez-le. Vous pouvez enfin transférer une capture d'écran de la conversation à Safeonweb, le service du Centre pour la cybersécurité Belgique, pour contribuer à la surveillance de ces fraudes.

Parlez-en à vos proches, surtout aux plus âgés

Cette arnaque cible en priorité les parents et les grands-parents. Beaucoup d'entre eux n'en ont jamais entendu parler. Et si vous preniez les devants ?

Lors du prochain repas de famille, racontez simplement l'histoire de Nadine. Montrez à quoi ressemble un tel message. Mettez-vous d'accord sur une question secrète ou un mot de passe familial. Rappelez surtout qu'un enfant, même adulte, ne se vexera jamais qu'on l'appelle pour vérifier.

Une précaution complémentaire : vérifiez les paramètres de confidentialité de WhatsApp de vos parents. Limiter la visibilité de la photo de profil aux seuls contacts rend l'usurpation un peu moins crédible. Et un petit papier près du téléphone, avec les numéros habituels de chaque enfant, peut éviter bien des hésitations.

À retenir : L'arnaque « Bonjour maman » mise sur l'affection et l'urgence, pas sur la technique. Au moindre message d'un « nouveau numéro » qui parle d'argent, appelez l'ancien numéro ou exigez un appel vocal. Une question secrète ou un mot de passe familial désamorce la plupart des tentatives. Et si vous avez payé, contactez votre banque tout de suite, puis portez plainte.

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