Aider un parent âgé à se mettre au numérique sans le brusquer

Patience, carnet de procédures, espaces publics numériques, procuration et sécurité : une méthode douce pour accompagner un parent âgé vers le numérique.

Une femme d'une quarantaine d'années montre une tablette à son père âgé, assis à côté d'elle dans son salon.
Une femme d'une quarantaine d'années montre une tablette à son père âgé, assis à côté d'elle dans son salon. Image d'illustration.

Déclaration fiscale, rendez-vous médicaux, banque, courriers officiels : de plus en plus de démarches passent par un écran. Pour beaucoup de personnes âgées, c'est une source d'inquiétude, parfois d'humiliation. Les accompagner demande moins de compétences techniques que de méthode et de patience.

Partir de ses envies, pas de vos priorités

La première erreur, souvent commise avec les meilleures intentions, est d'arriver avec un programme. « Papa, aujourd'hui, on installe itsme, la banque et l'eBox. » Au bout d'une heure, le père est épuisé, l'enfant agacé, et plus personne n'a envie de recommencer.

Mieux vaut commencer par une question simple : qu'est-ce qui lui ferait plaisir, ou qu'est-ce qui l'embête le plus aujourd'hui ? Pour Jeanine, 79 ans, à Liège, la motivation, c'était de voir les photos de ses petits-enfants partis vivre à Gand. Pour Albert, à Arlon, c'était de ne plus devoir attendre au guichet de sa banque. Une fois qu'un usage a du sens, l'apprentissage suit beaucoup plus facilement.

Respectez aussi un éventuel refus. Certaines personnes ne veulent pas, ou pas maintenant. Le numérique n'est pas une obligation morale, et il existe encore, pour de nombreuses démarches, des alternatives au guichet ou par téléphone.

Une méthode simple : une chose à la fois

Les séances courtes valent mieux que les longs marathons. Une demi-heure, une seule compétence, et on s'arrête sur une réussite. Quelques principes aident beaucoup :

  • laisser les mains sur l'appareil à la personne, même si cela prend trois fois plus de temps ;
  • montrer une fois, puis faire refaire, puis faire refaire encore la semaine suivante ;
  • utiliser les mêmes mots à chaque fois (« le bouton rond en bas », plutôt que « l'accueil » un jour et « la maison » le lendemain) ;
  • adapter l'appareil : taille du texte agrandie, luminosité suffisante, sonnerie bien audible ;
  • ne jamais dire « c'est facile » : pour la personne, ce ne l'est pas.

La patience se joue aussi dans le ton. Les soupirs, le « mais je l'ai déjà montré dix fois », le téléphone repris des mains : autant de petits gestes qui découragent durablement. Rappelez-vous qu'à 80 ans, apprendre un geste nouveau sur un écran tactile représente un vrai effort, physique et mental.

Le carnet de procédures, meilleur allié

C'est l'outil le plus simple et le plus efficace : un petit carnet papier, rangé près de l'appareil, où chaque démarche est décrite étape par étape, avec les mots de la personne elle-même. Par exemple : « Pour voir les photos de Lucie : 1. J'appuie sur l'icône verte. 2. Je touche le nom de Lucie. 3. Je fais glisser mon doigt vers le haut. »

Écrire soi-même, sous la dictée de ce qu'on vient de faire, aide à mémoriser. Le carnet redonne aussi de l'autonomie : entre deux visites, la personne peut réessayer sans devoir appeler à l'aide.

Un point de vigilance essentiel : ce carnet ne doit contenir aucun code secret. Ni code PIN de la carte bancaire, ni code itsme, ni mot de passe de la banque en ligne. Si des mots de passe doivent être notés, ils le seront ailleurs, dans un endroit discret et sûr, jamais à côté du téléphone ou dans le portefeuille.

S'appuyer sur les espaces publics numériques

Vous n'êtes pas obligé de tout porter seul, surtout si vous habitez loin. En Wallonie comme à Bruxelles, il existe des espaces publics numériques (EPN) : des lieux ouverts à tous, souvent gérés par des communes, des CPAS, des bibliothèques ou des associations, où l'on peut utiliser du matériel informatique et être accompagné par des animateurs.

Beaucoup proposent des ateliers pour débutants, parfois spécialement pensés pour les seniors : prise en main d'une tablette, utilisation d'itsme, sécurité en ligne, démarches administratives. L'ambiance y est souvent plus détendue qu'en famille, et apprendre avec d'autres personnes du même âge rassure. Pour trouver un EPN près de chez votre parent, renseignez-vous auprès de sa commune, de son CPAS ou de la bibliothèque locale. Les conditions (gratuité, inscription, horaires) varient d'un lieu à l'autre.

Nicole, 74 ans, à Ixelles, y va désormais chaque jeudi. « Ma fille est soulagée, et moi je suis fière de lui envoyer des messages toute seule. »

Procuration et démarches à la place d'un parent

Il arrive un moment où le parent ne peut plus, ou ne veut plus, gérer certaines démarches seul. La tentation est alors grande d'utiliser ses codes, voire d'installer son itsme sur son propre téléphone. C'est une mauvaise idée : itsme et la carte d'identité électronique sont strictement personnels, et agir en ligne sous l'identité de quelqu'un d'autre peut poser de sérieux problèmes, même avec son accord.

Il existe heureusement des voies officielles. Plusieurs services publics et banques prévoient des mécanismes de mandat ou de procuration, qui permettent à un proche d'agir pour une personne, avec son accord, en se connectant avec sa propre identité. C'est notamment le cas pour certaines démarches fiscales via MyMinfin. Les règles et les étapes diffèrent selon les organismes : informez-vous directement auprès du SPF Finances, de la banque ou de la mutuelle concernée. Pour des situations plus lourdes, un notaire ou le CPAS peuvent vous orienter vers les solutions de protection juridique adaptées.

Sécurité : prévenir sans faire peur

Les personnes âgées sont des cibles privilégiées des escrocs : faux conseillers bancaires, faux petits-enfants en détresse, faux messages de livraison. Le but n'est pas de terroriser votre parent, au risque qu'il n'ose plus rien toucher, mais de lui donner quelques réflexes solides.

Trois règles, à écrire en grand sur la première page du carnet, suffisent souvent. Ma banque ne me demandera jamais mes codes. Je ne confirme jamais sur itsme quelque chose que je n'ai pas lancé moi-même. En cas de doute, je raccroche et j'appelle mon enfant.

Ajoutez-y un numéro de confiance à appeler, et convenez ensemble qu'aucune question n'est bête. Un parent qui ose appeler pour un SMS bizarre est un parent protégé. Les messages suspects peuvent par ailleurs être transférés à Safeonweb, qui publie aussi des conseils accessibles sur les arnaques du moment.

Aider à distance quand on habite loin

Tout le monde ne peut pas passer chez ses parents chaque semaine. Hélène vit à Namur, sa mère à Arlon : la plupart de leurs dépannages se font par téléphone. Quelques astuces rendent l'exercice beaucoup moins pénible, pour l'un comme pour l'autre.

La plus efficace consiste à demander une capture d'écran, ou une simple photo de l'écran prise avec un autre appareil. Vous voyez enfin ce que votre parent voit, au lieu de deviner à l'aveugle. Un appel vidéo, caméra tournée vers la tablette, fonctionne aussi très bien. Certaines applications d'appel permettent même de partager son écran : choisissez-en une, installez-la et testez-la ensemble lors d'une visite, pas le jour de la panne.

Il existe aussi des logiciels de prise en main à distance, qui vous laissent piloter l'appareil depuis chez vous. Ils rendent service, mais ce sont également les outils préférés des escrocs qui se font passer pour un technicien ou un conseiller bancaire. Si vous en installez un, fixez une règle claire : on ne l'ouvre que pour vous, jamais à la demande d'un inconnu, même très poli.

Enfin, ajoutez au carnet de procédures une page « Comment envoyer une capture d'écran à ma fille » (ou à mon fils). C'est souvent le geste qui débloque tout.

À retenir : partez de ce qui motive votre parent, avancez par petites séances et laissez-lui les mains sur l'appareil. Un carnet de procédures écrit avec ses mots, sans aucun code secret, lui rend de l'autonomie. Les espaces publics numériques de Wallonie et de Bruxelles offrent un relais précieux. Pour agir à sa place, passez par les mandats officiels plutôt que par ses codes, et répétez les règles de sécurité sans dramatiser.

Questions fréquentes

Où une personne âgée peut-elle apprendre à utiliser un smartphone en Belgique ?

Les espaces publics numériques (EPN), présents en Wallonie et à Bruxelles, proposent souvent des ateliers pour débutants, parfois pensés pour les seniors. Ils dépendent généralement de communes, de CPAS, de bibliothèques ou d'associations. Renseignez-vous auprès de la commune ou du CPAS pour connaître les lieux, les horaires et les conditions d'accès.

Puis-je utiliser l'itsme de mon parent pour faire ses démarches ?

Non. itsme et la carte d'identité électronique sont strictement personnels, et agir en ligne sous l'identité de quelqu'un d'autre peut poser de sérieux problèmes, même avec son accord. Passez par les mandats ou procurations prévus par les services publics, les banques ou les mutuelles, qui vous permettent d'agir pour lui avec votre propre identité.

Tablette ou smartphone : que choisir pour un parent âgé ?

Tout dépend de ses envies et de ses habitudes. Une tablette offre un grand écran confortable pour les photos, les appels vidéo et la lecture à la maison, tandis qu'un smartphone reste plus pratique pour téléphoner et l'emporter partout. Dans les deux cas, agrandissez le texte et ne gardez que les applications vraiment utiles.

Comment protéger un parent âgé contre les arnaques en ligne ?

Donnez-lui quelques règles simples plutôt qu'une longue liste de dangers : sa banque ne lui demandera jamais ses codes, il ne confirme jamais sur itsme ce qu'il n'a pas lancé lui-même, et en cas de doute, il raccroche et vous appelle. Notez ces règles en grand dans son carnet. Les messages suspects peuvent être transférés à Safeonweb.

Tous les articles Vie numérique